Reddition des comptes ou mise en scène des comptes ?

15 - Octobre - 2025

Le régime actuel avait promis la reddition des comptes. Une promesse noble, presque sacrée : traquer les détourneurs, assainir la gestion publique, rendre au peuple son argent volé. Sur le papier, rien de plus légitime. En campagne, c’était même devenu une mélodie populaire : les anciens ministres étaient peints en vampires budgétaires, symboles vivants de la gabegie.
Mais dix-sept mois plus tard, le grand ménage promis tarde à commencer. Aucun ancien ministre n’a été sérieusement mis en cause pour détournement ou gestion douteuse. Pas la moindre preuve tangible n’a été produite pour confirmer ces accusations répétées avec tant d’assurance. À croire que les scandales annoncés n’existaient que dans les discours électoraux.
En revanche, là où la machine judiciaire s’emballe, c’est sur un autre terrain : celui du blanchiment d’argent. Une avalanche d’interpellations et d’arrestations s’appuie désormais sur les rapports de la CENTIF. Des citoyens, souvent éloignés de la gestion des deniers publics, se retrouvent accusés, exposés, parfois brisés, pendant que ceux qui ont effectivement eu la main sur les caisses de l’État passent, eux, curieusement entre les gouttes.
Ainsi, la reddition des comptes s’applique non pas à ceux qui ont géré, mais à ceux qu’on peut facilement atteindre. Les vrais décideurs semblent jouir d’une étrange immunité morale, pendant que d’autres paient pour donner l’illusion d’une justice active.
Cette inversion des priorités laisse un goût amer. La promesse d’assainissement s’est transformée en stratégie de diversion. On occupe l’opinion publique avec des dossiers spectaculaires, pendant que les véritables affaires de gestion dorment tranquillement dans les tiroirs.
Il ne s’agit pas de défendre qui que ce soit. Il s’agit simplement de rappeler que la justice ne se rend pas à la carte, ni au gré des rapports qui arrangent.
La reddition des comptes ne doit pas devenir une arme de communication ou un instrument de vengeance. Elle doit rester ce qu’elle aurait toujours dû être : une exigence d’équité, de transparence et de vérité.
Car, au fond, le peuple n’attend pas qu’on arrête pour impressionner, mais qu’on juge pour convaincre.
Et pendant que les comptes ne se rendent toujours pas, une autre traque, plus insidieuse, s’installe : celle des paroles libres. On ne poursuit plus seulement les gestionnaires, on cible désormais ceux qui osent questionner, critiquer, déranger. La parole indépendante devient suspecte, la pensée critique, subversive.
La reddition des comptes promise se mue en reddition des consciences. Et c’est peut-être là, le plus grand détournement de tous.


Ibrahima Thiam
Président du parti ACT

Autres actualités

27 - Octobre - 2025

A son tour, Toussaint Manga dézingue Abdourahmane Diouf

Les membres de Pastef ont mal pris les déclarations de Abdourahmane Diouf dans l'émission "En vérité" sur la RSI... et le lui font comprendre. Après Ibrahima...

27 - Octobre - 2025

Seydi Gassama après la sortie du Dr Abdourahmane Diouf : "La réconciliation sans justice...est une réconciliation entre politiciens"

Le ministre de l’Environnement, Dr Abdourahmane Diouf, a plaidé en faveur de la « réconciliation nationale » à la suite des événements...

27 - Octobre - 2025

Ousmane Sonko : le retour au populisme d’opposition

Deux ans après sa nomination à la Primature, Ousmane Sonko semble tourner en rond, incapable de traduire en actes les grands idéaux qu’il portait. L’homme qui se...

24 - Octobre - 2025

Gaz local, industrialisation et facture allégée : le pari énergétique du gouvernement pour 2026

Le gouvernement, sous la houlette du Premier ministre Ousmane Sonko, s’apprête à franchir un cap important dans sa politique énergétique. Dès 2026, le...

24 - Octobre - 2025

Juan Branco répond à l'avocat de Macky Sall : « le ridicule consommé »

L'avocat français Juan Branco, en première ligne dans la défense d'Ousmane Sonko, a vivement réagi aux déclarations de son confrère Pierre-Olivier Sur,...
']); _gaq.push(['_trackPageview']); (function() { var ga = document.createElement('script'); ga.type = 'text/javascript'; ga.async = true; ga.src = ('https:' == document.location.protocol ? 'https://ssl' : 'http://www') + '.google-analytics.com/ga.js'; var s = document.getElementsByTagName('script')[0]; s.parentNode.insertBefore(ga, s); })();