L’INFO HONNÊTE PAR-DELÀ LA POLÉMIQUE

13 - Janvier - 2019

Accusations, dénégations, contre-accusations… Injures, invectives, avanies, caractérisations contre les uns selon qu’ils n’auront pas la même opinion que les autres dans ce qui est devenu l’affaire Madiambal Diagne-Ousmane Sonko, un duel à fleurets pas du tout mouchetés entre le premier et le second, mais aussi entre les rares – s’il en existe – défenseurs du journaliste et les partisans de l’homme politique, présidentiable, coqueluche des réseaux sociaux tout comme du vulgum pecus.

A Sonko qui accuse un ancien directeur des Impôts et domaines d’avoir commis des malversations, le journaliste réplique qu’il n’est pas l’homme intègre qu’il prétend être parce qu’emmêlé dans une affaire où il y a concussion et conflit d’intérêt. Et les journaux L’Observateur et Les Echos s’en mêlent reproduisant ce qu’ils appellent des « preuves » que Sonko a été soudoyé par une compagnie pétrolière, Tullow (ayant opéré au Sénégal), en l’occurrence, pour faire du lobbying et dénoncer une compagnie concurrente ayant gagné le marché de l’exploitation pétrolière au Sénégal.

Des affaires emberlificotées à donner le tournis, et qui, pour cette raison, justement, méritent que des journaux honnêtes mènent un travail de « réinvestigation » ou alors fassent un traitement équidistant des faits. Le public et le peuple sénégalais en ont besoin et le méritent bien. Réenquêter (comme le fait l’agence de fact-checking Africa Check), et présenter le résultat dans un style informatif, équilibré, simple… En répondant aux questions fondamentales de ce que le journalisme appelle une information : « qui a fait quoi, quand, où, comment, pourquoi ? ». Cela nous semble mieux que de se faire une tâche de ceux que Abdoulaye Ndiaga Sylla a appelé « les notaires serviles de l’actualité », qui ne font qu’enregistrer des déclarations sans avoir le réflexe tout professionnel d’aller au-delà de ce qui se cache derrière ces propos ou de leur plus ample implication.

Souvent, l’investigation journalistique refait, en plus minutieux, la démarche des journalistes de compte-rendu ou encore, pour emprunter aux philosophes leur terme, agir tel la chouette hégélienne qui « prend son vol à la tombée du crépuscule ». « Nous sommes dans une vraie foire de manipulations, de mauvaise foi, de mensonge, d'affabulation, de faux et d'usage de faux, écrit, navré, sur sa page Facebook, le journaliste El Hadj Ibrahima Thiam. Des vitupérations sont lancées à bâbord et tribord. Et ça vient de tous les camps. On ne sait même plus qui croire. Dans ce tourbillon, il est difficile de séparer le bon grain de l'ivraie. Ce qui est sûr et certain, c'est que des cabalistes tirent les ficelles de ces différentes affaires. Reste à savoir où ces menées et ces intrigues vont nous mener. »

Ne compter que les coups et recueillir les jérémiades ne sont pas du devoir de la presse qui doit plutôt aider à comprendre dans ces polémiques qui dominent l’actualité et font du buzz. Les enjeux sont énormes ; on peut même dire qu’ils engagent le futur du Sénégal. Le public veut comprendre ; il veut savoir ce qu’il faut retenir quand sera donné une information équilibrée et honnête sur les objets de cette foire d’empoigne aux relents politico-médiatiques.

Et, je voudrais rappeler des propos écrits dans le cadre de cette chronique. Il s’agit de « deux boutades véridiques lues (…) sur Facebook. La première est de l’intellectuel Lat Soucabé Mbow qui dit que « l’alchimiste cherche à faire du plomb de l’or et l’auteur de fake news à faire prendre des vessies pour des lanternes ». Et d’un autre côté, sur sa propre page, le journaliste Habib Demba Fall se gausse tout en attirant l’attention des journalistes sur le risque qu’il y a à vouloir « recycler une fausse information ». Je soupçonne que cette mise en garde s’adresse à ceux qui tentent de tartiner leur pain rédactionnel avec cette machine qui transformerait les eaux usées en breuvage potable. »
Jean Meïssa Diop

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