Autorisation d’importation de 30 mille tonnes : MACKY SUCRE LES COMMERÇANTS – La production de la Css plombée – Le directeur du Commerce : «C’est une décision de l’État !»

13 - Novembre - 2018

Lors d’une rencontre au Palais, le chef de l’Etat a accédé à la volonté de l’Unacois de brider les ambitions d’Auchan. Mais ces derniers auraient également obtenu des autorisations d’importer du sucre. Une décision qui va gêner, pour un bon moment, la production de la Css.
Au mois d’octobre dernier, quand il recevait les dirigeants de l’Unacois Jappo, le Président Macky Sall avait tenu à leur donner des garanties en ce qui concerne l’implantation prochaine des boutiques d’Auchan. Mais on vient aujourd’hui d’apprendre que les mines réjouies des commerçants à la sortie de cette audience, n’avaient pas seulement pour cause la mise en bride des ambitions du supermarché européen. En fait, Macky Sall avait donné des instructions pour que les commerçants sénégalais puissent aussi se sucrer avec d’autres produits, si l’on peut le dire ainsi.
Le Quotidien a ainsi appris que ce ne sont pas moins de 30 mille tonnes de sucre qui ont été réparties entre les dirigeants de l’Unacois. Ainsi qu’un nombre non encore déterminé accordé à des hommes d’affaires occasionnels, et même à des dignitaires religieux.
Ce faisant, le gouvernement vient de s’offrir un certain répit sur le plan des revendications corporatistes, mais il n’est pas certain que tout le monde y trouvera son compte. D’abord, au sein même des commerçants de l’Unacois, les 30 mille tonnes de sucre ont créé plus de problèmes qu’elles n’en ont résolu. Certains hommes d’affaires, mécontents de la grille de répartition, auraient purement et simplement boudé le quota qui leur avait été donné.
Et pour ce qui concerne l’huile, tout le monde se rappelle encore l’interpellation d’un homme d’affaires il y a quelques mois, pour avoir introduit des produits impropres à la consommation, dont notamment, de l’huile vendue sous une marque contrefaite.
Et pour le sucre, au niveau de la Compagnie sucrière sénégalaise, la production couvre depuis longtemps les besoins nationaux. La société a plusieurs centaines de tonnes dans ses entrepôts. Et il est prévu qu’elle entame sa prochaine campagne de production dans une dizaine de jours. Dans ces conditions, une injection massive de sucre importé pourrait signifier un arrêt de la production pour une bonne partie de la saison.
Or, si cela devait survenir, la compagnie pourrait se retrouver contrainte à mettre en chômage technique les milliers de journaliers qui travaillent dans ses installations. Avec des conséquences dramatiques que tout le monde peut imaginer. Tout le monde sait en effet, que la Css est le premier employeur dans la vallée du fleuve Sénégal. Et à Richard Toll en particulier, ainsi que dans des villes comme Rosso Sénégal et Dagana, l’activité économique est rythmée au gré des navettes des véhicules de la sucrière.
Il est vrai qu’en période pré-électorale, le pouvoir a besoin de donner des gages à différents porteurs de voix. Ce qui peut sans doute justifier que, alors que le Président Macky Sall avait garanti aux syndicats des travailleurs de la Css que rien ne viendrait mettre en péril l’existence de leur société, on en vient aujourd’hui à donner à des négociants les moyens de les empêcher de continuer à produire. Quoi qu’il en soit, pour leur part, les syndicalistes de la compagnie sucrière estiment que si cette décision d’accorder des Dipa à des commerçants est avérée, «ce serait comme si le gouvernement a préféré 3 commerçants à 13 mille électeurs employés de la compagnie sucrière». Et dans ces conditions, eux sauront pour qui ne pas voter aux prochaines élections.
De son côté, le gouvernement semble avoir décidé d’assumer. Même si, pour ne sans doute pas choquer, il préfère parler de quotas au lieu des Dipa qui depuis un bon moment, ont une connotation négative. Interpellé hier sur la situation créée par les quotas de sucre, le directeur du Commerce intérieur, Ousmane Mbaye, a répondu par un sms lapidaire qui déclarait : «C’est une décision du gouvernement» ! Une manière sans doute de faire comprendre que la décision émanait d’un niveau qui lui était supérieur, mais qu’il devait la défendre malgré ses états d’âme.

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