En Algérie, la colère des journalistes s’ajoute à celle des citoyens

06 - Mars - 2019

Le visage fermé, face à la caméra, Nadia Madassi lit d’un ton résigné la lettre du président Abdelaziz Bouteflika annonçant le maintien de sa candidature pour un cinquième mandat, malgré le soulèvement populaire que cette perspective a déclenché en Algérie. Ce journal télévisé du soir, dimanche 3 mars, sera le dernier pour la présentatrice de la chaîne publique Canal Algérie. Ayant « très mal vécu cet épisode » selon un de ses collègues cités par l’AFP, elle a annoncé, le lendemain, qu’elle quittait ce poste pour rejoindre la rédaction, après quinze ans de présentation.

Une semaine plus tôt, c’est une autre figure du service public, Meriem Abdou, la rédactrice en chef de l’antenne francophone de la radio nationale, qui démissionnait de ses fonctions d’encadrement. Une décision prise au lendemain des manifestations massives du 22 février, passées sous silence par la Chaîne 3, comme par le reste des médias publics, que ce soit à la télévision, à la radio ou dans la presse. « Je refuse catégoriquement de cautionner un comportement qui foule aux pieds les règles les plus élémentaires de notre noble métier », a expliqué Mme Abdou sur Facebook. Son émission hebdomadaire concernant l’actualité internationale, à laquelle la journaliste souhaitait désormais se consacrer, a été immédiatement déprogrammée par la direction de la radio.
Plus de dix jours après le début d’un mouvement de contestation inédit en Algérie, « la télévision nationale en a fait un reportage pour la première fois dans son JT du 20 heures, lundi 4 mars, déplore le journaliste indépendant algérien Khaled Drareni. Il y a des dizaines de milliers de gens dans les rues et les médias publics restent muets ».
« Informer et non désinformer »
Ce silence est bien souvent imposé par leur hiérarchie aux journalistes du service public. Selon les informations remontées à Reporters sans frontières (RSF), les rédactions ont reçu des instructions de la direction de campagne du président Bouteflika, « mais aussi des responsables politiques de son clan, indique Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF. On leur demande de faire passer les revendications des citoyens pour une simple volonté de changement sous le régime actuel ».
Les marches ayant rassemblé des milliers d’étudiants, le 26 février, dans toute l’Algérie, ont ainsi été seulement évoquées au milieu du journal du soir sur la télévision publique, sans que soit rappelée leur revendication première, le retrait de la candidature du chef d’Etat.

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