Ancien faux-lion : Sadio Ndiaye veut rugir à nouveau

26 - Octobre - 2018

Sadio Ndiaye. Ce nom n’est pas inconnu des Sénégalais. Surnommé roi du simb (jeu du faux-lion) pour avoir marqué son temps au milieu des années 1990, M. Ndiaye avait disparu des écrans pendant un bon moment. La raison ? Il s’était «exilé» en Italie, où il a vécu durant des années. De passage la semaine dernière avec un ami à lui, dans les locaux du journal Le Quotidien, il a exprimé son indignation du fait que le Simb soit marginalisé au Sénégal. Il a déploré l’interdiction faite par le préfet de Dakar de pratiquer le jeu et annoncé sa volonté de redresser et revaloriser cet art.
Pouvez-vous rappeler vos débuts dans le Simb ?
J’ai commencé le Simb (Ndlr : jeu du faux lion) le 23

juillet 1993 à Pikine. C’est Pape Diop, lutteur, et Ibou Ndiaye Niokhobaye, communicateur traditionnel, qui avaient organisé cette cérémonie. Mais c’est Lamine Ndiaye, un grand faux-lion, qui m’a appris à faire du Simb. On a débuté dans le quartier de Pikine Darou.
Ça fait un bon bout de temps qu’on n’entend plus Sadio Ndiaye qui, à une certaine époque, était le faux-lion le plus demandé.
Qu’est-ce qui explique cela ?
J’étais en voyage en Italie où j’ai fait 10 ans, mais je suis revenu au Sénégal entre temps. Et ce qui m’a le plus poussé à revenir dans mon pays, c’est que j’ai constaté que le jeu du faux lion est marginalisé ici, et cela ne me plait pas du tout. Parce que, je ne peux pas comprendre le fait qu’on autorise au Sénégal toutes les disciplines à se pratiquer sauf la nôtre. Car à chaque fois que l’on tente de faire du Simb, la police vient nous interrompre. C’est quelque chose qui n’est vraiment pas normal. De la même façon qu’on autorise le championnat populaire de football à mener à bien ses activités, on doit agir de même avec nous. Le préfet de Dakar avait sorti un arrêté interdisant le jeu du faux-lion pour un temps bien déterminé. Mais ce temps est dépassé depuis très longtemps. Donc, cela veut dire que l’arrêté est caduc, et ce n’est pas juste.
Pourtant il y a des gens qui pratiquent toujours le Simb dans certains quartiers de la banlieue sans interruption ?
Oui, mais en cachette. Jusqu’à présent, nous, n’avons pas d’autorisation qui nous permette de nous exprimer artistiquement comme on le veut. C’est ce qu’on ne peut plus supporter.
Ne pensez-vous pas aussi que c’est à cause des actes de violence qu’il y a dans des cérémonies de ce genre que le préfet a réagi de la sorte ?
Le Simb est un jeu. La violence, ça existe partout. Une dame a été assassinée il n’y pas longtemps, après un meeting politique. Est-ce que vous avez entendu quelque part quelqu’un interdire les meetings ? Et je le dis haut et fort, si on interdit le Simb parce qu’il y a de la violence, pourquoi ne pas le faire avec les meetings où on tue des personnes. Quand j’étais en Italie, j’ai suivi un match qui se déroulait au Stade Demba Diop. Lequel s’est arrêté à cause des violences qu’il y avait là-bas et qui avaient fait plus de 10 morts (sic). Est-ce que l’on a interdit les «navetanes» (Ndlr : championnats populaires de football). Mais non, alors pourquoi nous interdire le Simb qui, actuellement, est un facteur de développement.
Comment peut-il contribuer au développement ?
Vous savez, il y a un promoteur qui promeut son travail, des entreprises qui gèrent notre staff et tous les faux lions ont chacun derrière eux 50 personnes qu’ils nourrissent par le biais de cet art. Donc, si on nous l’interdit, c’est notre vie en entier qui change. Le Président Macky Sall parle de Sénégal émergent, mais il faut comprendre que le Sénégal ne peut pas émerger sans la culture. Et nul ne peut ôter le jeu du faux lion de la culture sénégalaise. Quand on parle de culture également, on parle de tourisme et c’est ce dernier qui fait développer un pays. Ce que nous pouvons vendre à travers notre art et notre culture, même les ministres ne le peuvent pas. Parce que, nous exposons le Simb partout dans le monde. Un seul faux lion peut vendre la destination Sénégal. J’en sais quelque chose, car je voyage et je croise des artistes partout dans le monde. Le faux lion n’existe qu’au Sénégal. Allez vérifier, vous ne le verrez nulle part. Donc, je ne peux comprendre qu’on nous valorise partout dans le monde et que l’on nous minimise dans notre propre pays. Mais quelque part, j’ai une part de responsabilité dans ça. Car j’ai voyagé pendant longtemps, mais cela ne veut pas dire que Sadio n’est plus là. Mais on a profité de mon absence pour faire ce qu’elles ont voulu (les autorités).
Vous pensez donc que c’est à cause de votre longue absence que le Simb est marginalisé ?

Je crois que oui. Mais bon, moi on me respectait, et je ferais en sorte de retrouver ce respect-là.
Mais on remarque que le Simb, même sans interdiction, n’a plus cette ampleur qu’il avait auparavant. Qu’est-ce qui explique cela, selon vous ?
C’est vrai que cela a diminué. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’au Sénégal on aime les choses nouvelles. Quand quelque chose apparait pour la première fois, elle a la faveur du public, elle est en vogue et tout le monde en parle. Qui aurait imaginé rester 30 minutes au Sénégal sans entendre parler des ex internationaux de football comme El Hadji Diouf et Henry Camara. On n’aurait jamais imaginé non plus rester 1 heure de temps sans que l’on ne parle de Sadio. Le Sénégal aime l’événementiel. Les faux lions sont toujours là, ils font ce qu’ils ont à faire. Et pour vous dire, ils sont plus performants de nos jours. Ils font de très belles chorégraphies, ont un esprit d’ouverture. C’est pourquoi tout ce que nous voulons actuellement, c’est revaloriser et redresser cet art.
Comment comptez-vous y parvenir ?
La première chose, c’est qu’on nous donne l’autorisation de le pratiquer et qu’on fasse en sorte que tous les faux lions obtiennent leur licence. Il faut nous permettre aussi d’identifier tous les espaces qui sont là au niveau national, pour voir comment les utiliser pour pouvoir explorer notre art. Mais on ne peut pas faire toutes ces choses-là sans autorisation. On peut aussi créer des écoles, des écoles qui forment les faux lions. Mais comment le faire et où ? C’est ça le problème. Mais l’expérience que j’avais acquise ici, plus celle que j’ai eu à l’étranger me permettront sûrement d’y arriver. Pour vous dire, c’est le seul art qui peut réunir 3000 personnes et chacun d’entre elles paie un ticket. Depuis mon absence, on travaillait dans une école que j’avais déjà créée avant mon départ, le «Lion thiossane», qui se trouvait à la Place du Souvenir. Nous les faux-lions, sommes plus de 6000 personnes à Dakar seulement, sans parler du reste du Sénégal. Nous avons des entreprises, mais on n’a pas de financement. Pourtant, nous faisons partie de la population. Mais nous sommes laissés à nous-mêmes.
Quel message adressez-vous à l’Etat pour que vos problèmes soient résolus ?
Nous demandons au gouvernement de nous aider comme il le fait souvent avec les lutteurs, chanteurs, etc. Car nous les faux lions avons plus de pouvoir qu’eux. Il faut l’appui de l’Etat pour que l’on puisse redresser cet art, pour propulser la culture de notre pays.

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