Timimoun : des cinéastes africains plaident pour une réappropriation du récit africain

18 - Novembre - 2025

Des cinéastes africains ont plaidé pour une réappropriation du récit africain et un renforcement des mécanismes de financements locaux, lors d’une masterclass organisée en marge de la première édition du Festival international du court-métrage de Timimoun (13-18 novembre), sur le thème ”Représenter l’Afrique : déconstruire les clichés du regard occidental”.

Le réalisateur congolais Dieudo Hamadi a souligné, à cette occasion, la dépendance persistante du cinéma africain vis-à-vis des financements étrangers, une situation qui influence, selon lui, la nature des œuvres produites.

”Le financement vient principalement de l’extérieur, et la main qui donne oriente toujours le regard”, a-t-il déclaré, relevant qu’en République démocratique du Congo, il n’existe qu”’une seule salle de cinéma qui fonctionne encore” dans la capitale.

Il a estimé que cette réalité pousse de nombreux cinéastes à adapter leurs thématiques et leurs langues de création en fonction des publics internationaux auxquels leurs films sont destinés.

Le cinéaste algérien Abdenour Zahzah, se voulant mesuré, a rappelé, pour sa part, que le cinéma africain reste jeune et se construit encore.

”Nous ne pouvons rattraper des festivals qui existaient avant nos indépendances, mais nous pouvons créer notre propre cinéma et porter notre propre vision”, a-t-il affirmé.

Il a salué la création du festival de Timimoun, qu’il considère comme ”une plateforme essentielle” pour encourager les professionnels du continent à renforcer leurs collaborations et à développer un récit africain affranchi des représentations extérieures”.

Le producteur et administrateur culturel burkinabè Ousmane Boundaoné a insisté sur la nécessité de consolider les fonds africains dédiés au cinéma, estimant que la génération actuelle doit ”préparer le terrain” pour les futures.

”Le nerf de la guerre n’est pas encore chez nous, mais les nouveaux fonds mis en place au Sénégal, au Bénin ou au Burkina Faso ouvrent des perspectives”, a-t-il indiqué.

Revenant sur son expérience dans la gestion de dispositifs internationaux, il a évoqué les ”batailles permanentes” pour garantir une présence africaine dans les commissions et défendre un regard propre au continent.

Il a également appelé à valoriser les langues africaines dans la création cinématographique.

”La langue ne devrait pas être une barrière. Le cinéma doit parler à son public, dans ses réalités”, a estimé Boundaoné, rappelant que la circulation des films en Afrique de l’Ouest permet déjà de dépasser les frontières linguistiques.

Les intervenants ont, enfin, encouragé les initiatives régionales visant à renforcer la formation, la coproduction et la diffusion sur le continent, afin d’accompagner l’émergence d’un cinéma africain autonome, capable de raconter ses propres histoires.

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