Roman «Diokel» de Jean Dib Ndiaye : entre tragédie amoureuse et mémoire coloniale

19 - Septembre - 2025

Dans son roman «Diokel», Jean Dib Ndiaye lance une diatribe contre le système colonial qui a profondément bouleversé le continent. L’œuvre met en scène une triste histoire d’amour entre un jeune berger, héritier du trône du Sine, arraché à l’affection des siens le jour même de ses justes noces avec une princesse de Tattaguine.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, l’Afrique est contrainte à une mobilisation générale. Dans les colonies, l’on s’organise pour venir en aide à la France. Les recrutements de soldats se font par centaines, jusque dans les villages les plus reculés. Dans « Diokel », paru en 2017 aux Éditions L’Harmattan, Jean Dib Ndiaye fait revivre cette page sombre de l’histoire du continent, qui a vu des milliers de ses fils envoyés au front et forcés à l’exil grâce à la collaboration d’une élite de renégats.

Le roman dépeint les mœurs d’une Afrique bouleversée par les violences de la colonisation et les impératifs de l’effort de guerre. Entre fiction et réalité, l’auteur relate de manière émouvante, et parfois tragique, l’enrôlement d’une figure emblématique de la principauté de Ndiongolor et de ses contrées. Le jeune Guelwar Diokel est ainsi contraint de suivre une section de l’armée coloniale chargée du recrutement des tirailleurs sénégalais. Chaque foyer doit envoyer un fils pour renforcer cette armée noire issue directement des colonies et déployée pour combattre l’Allemagne nazie.

Pourtant, dans la communauté, l’on pensait que ’Diokel’ serait exempté de ce recrutement, compte tenu de son « statut particulier ». Au cœur de cette œuvre à dimension historique se trouve une histoire d’amour brisée par l’incorporation forcée de Diokel dans les troupes coloniales durant le conflit de 1939-1945. Pour illustrer l’ampleur des tragédies qui ont profondément bouleversé les sociétés africaines de cette époque, Jean Dib Ndiaye choisit de mettre en scène une idylle interrompue : celle d’un jeune berger et héritier du trône du Sine, arraché à l’affection des siens le jour même de ses noces avec Makane, princesse de Tattaguine.

La jeune femme est réputée pour sa beauté singulière, une gazelle au « regard doux » et à la conduite « irréprochable ». Système sociologique ancestral Sur 300 pages, « Diokel » déploie une fresque historique et sociologique minutieusement documentée. L’auteur nous transporte dans la société sérère d’antan, révélant avec talent l’essence de ces royaumes et villages baignés dans une nature préservée. Futaies majestueuses, savanes infinies, fleuves serpentins et rivières cristallines abritent une faune foisonnante. Un tableau d’une beauté exquise, témoignage vivant de cette harmonie entre l’homme et la nature que seule la vie rurale sait préserver.

Dans son roman, Jean Dib Ndiaye aborde également, avec une grande précision, les coutumes et traditions sérères. Ce peuple hospitalier s’appuie sur des valeurs fondamentales qui ont forgé la cohésion sociale, notamment les lignées universellement reconnues et les hiérarchies sociales. Autrement dit, il décrit un système sociologique ancestral basé sur des filiations consanguines ou matrilinéaires.

L’œuvre se présente comme un guide valorisant ces principes séculaires tels que la tolérance, le pardon, la patience, la responsabilité et la pudeur. Elle explore aussi le conflit générationnel à travers la tension entre tradition et modernité. « Diokel » est à la fois un hymne aux valeurs traditionnelles et une dénonciation du capitalisme sauvage que les impérialistes ont tenté d’imposer à l’Afrique, privilégiant le profit matériel au détriment de l’humain et de l’humanité. Avec « Diokel », l’adjudant-chef Jean Dib Ndiaye a signé, en 2017, ses débuts dans le monde littéraire.

Autres actualités

26 - Février - 2019

L’OIF appelle à "une réelle introspection" pour "un nouveau départ" du 7e art sur le continent

La directrice de la diversité et de la langue française à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Youma Fall, appelle les professionnels des...

21 - Février - 2019

Les six cinéastes sénégalais en compétition au FESPACO 2019 : entre "novices" et "habitués"

Parmi les six cinéastes sénégalais en compétition officielle à la 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision...

19 - Février - 2019

Cinquantenaire du FESPACO : Lancement de la Caravane Dakar-Ouaga

Le directeur de la cinématographie du Sénégal, Hugues Diaz, a procédé lundi, dans la soirée, au lancement de "Dakar FESPACO 2019", la caravane...

14 - Février - 2019

RECOMPENSE – Primé aux Grammy Awards : Baba Maal sur le trône avec Black Panther

Après le Grand prix pour les arts en 2017 et le prix Music in Africa honorary Awards, Baba Maal vient encore d’être distingué pour la partition qu’il a...

12 - Février - 2019

ART AFRICAIN – Restitution des œuvres : Le piège de la réparation

Si beaucoup d’intellectuels du continent approuvent sans faille les conclusions rendues dans leur rapport par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy en faveur de la restitution des...
']); _gaq.push(['_trackPageview']); (function() { var ga = document.createElement('script'); ga.type = 'text/javascript'; ga.async = true; ga.src = ('https:' == document.location.protocol ? 'https://ssl' : 'http://www') + '.google-analytics.com/ga.js'; var s = document.getElementsByTagName('script')[0]; s.parentNode.insertBefore(ga, s); })();