Publication - « Une africaine au Japon » de Nina Wade : Mésaventures de femme au foyer expatriée

11 - Avril - 2017

Publication - « Une africaine au Japon » de Nina Wade : Mésaventures de femme au foyer expatriée

Le livre est un récit de vie. Dans un ton intimiste, une écriture fluide, Nina Wade narre des tranches de vie contemporaine avec une empreinte féministe, de l’humour, de l’autodérision, un tableau de maux de femmes, comparant leurs contraintes culturelles en Afrique et au Japon.
« Une Africaine au Japon », c’est le titre du premier livre de Nina Wade présenté samedi au Musée Henriette Bathily de Dakar. Dans cette autofiction de 71 pages, publiée aux éditions « Diasporas Noires », l’auteure y raconte, avec un ton intimiste, ses galères et regrets durant son séjour au Japon où elle a vécu pendant un certain nombre d’années avec son mari médecin et leurs trois enfants : Dom, sept ans ; Fina, quatre ans, et Bébé, un an. Loin de son confort dakarois où « cuisiner elle-même ses repas était l’exception réservée au dimanche », au Japon, elle était réduite à une simple femme de ménage à-tout-faire. La cuisine, le repassage, le linge, etc. étaient le lot quotidien. « Le Japon était une expérience marquante. Parfois, j’étais un peu étonnée des différences qu’il y avait par rapport au Sénégal et auxquelles je ne m’attendais pas du tout », a souligné l’auteure.
En plus de ces contraintes ménagères, il fallait patienter six mois pour une place à l’école maternelle pour sa fille Fina. Par contre, il ne fallait pas espérer de place en crèche publique pour Bébé, tant qu’elle n’est pas employée ou étudiante à raison de quatre jours par semaine et quatre heures par jour minimum. Extrait : « Exclu le travail de distributrice indépendante de produit X. Un vrai travail s’entend. Une utopie pour un gaijin (étrangère) ne parlant pas japonais. Je n’ai pas de travail, je n’ai pas d’excuses. Je dois me coltiner les deux fillettes 24/24, sans bonne sans personne. J’ai dû m’y faire de mauvais gré. J’ai maugréé matin et soir. Je me suis plainte à lui tous les jours… J’ai perdu mes rondes joues, à ce rythme jamais enduré. Je me suis sentie fatiguée à l’extrême. Dépitée par ce pays de femmes instruites mais emmurées dans la maternité. »
Le livre parle aussi de la femme qui cherche à s’adapter à cette nouvelle réalité mais qui n’y arrive pas. Il fallait changer de style de vie dans un pays où on n’a pas une grande valeur parce qu’on est étrangère et on ne parle pas la langue. « La culture japonaise est très différente de la nôtre. Il y a des choses que nous faisons qui leur semblent bizarre et vice-versa. Les Japonais ont tendance à voir la femme comme une mère seulement qui doit rester à cette place », a soutenu Nina Wade. Elle fait aussi part de ses problèmes à son retour au Sénégal parce qu’en partant, elle avait tout abandonné derrière elle, y compris son boulot. Au retour, il fallait se remettre sur les rails.
L’éditrice, Hulo Guillabert, trouve en cet ouvrage un ton un peu moderne qu’on n’a pas l’habitude d’entendre chez une femme sénégalaise. « Le ton est libre et intimiste. L’auteure aborde les problèmes d’une façon pas du tout voilée ou hypocrite. Cela m’a plu. Elle aborde les problèmes des femmes d’une façon vraiment sincère sans vouloir plaire aux uns et aux autres », a mentionné la directrice des éditions « Diasporas Noires ».
Pour Mme Guillabert, c’est un récit intimiste d’une personne qui se trouve transplantée dans un autre pays avec une culture totalement différente de la sienne. « Nous avons un peu l’habitude de la culture des «Toubab», mais la culture japonaise nous est un peu étrangère. Mais, en lisant le livre, c’est comme si nous étions au Japon. C’est un féminisme légitime », a estimé Hulo Guillabert.

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