Iba Der Thiam, un scientifique et personnage rompu aux débats et controverses de son temps (historien)

04 - Novembre - 2025

Le défunt historien sénégalais Iba Der Thiam, plus connu du grand public comme un acteur de la vie syndicale et politique, n’en était pas moins un scientifique et un personnage très complexe rompu aux débats et controverses de son temps, a soutenu Omar Guèye, professeur en Histoire moderne et contemporaine à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

“Iba Der Thiam était un scientifique, mais aussi un personnage public très complexe rompu aux débats et controverses de son temps”, a-t-il dit dans une tribune transmise à l’APS, dans laquelle il retrace, en guise d’hommage, la trajectoire de cet universitaire et homme politique décédé le 31 octobre 2020, à l’âge de 83 ans.

“Jeune écolier, nous côtoyions le nom d’Iba Der Thiam à côté de ceux des figures historiques qu’on enseignait, puisqu’il était l’auteur d’un de nos principaux manuels en Histoire et en Instruction civique, comme celui qu’il avait co-écrit avec Nadiour Ndiaye. Aussi, nos maîtres issus des mouvements étudiants des années 1960, […] nous parlaient de lui comme un de leurs collègues à ‘la tête dure’ qui avaient souvent osé défier le régime dit néocolonial du Président Senghor”, se rappelle Omar Guèye.

Il ajoute que l’historien avait souvent séjourné en prison à cause de son engagement militant, avant d’être promu plus tard directeur de l’École normale supérieure (ENS, actuelle Faculté des sciences et techniques de l’éducation et de la formation, FASTEF), de 1975 à 1983.

Il est ensuite devenu ministre de l’Éducation nationale, “tout-puissant plénipotentiaire” qui avait aussi en charge l’Enseignement supérieur, de 1983 à 1988.

“Nous étions alors élèves, puis étudiants dans les années 1970 et 1980. Son nom nous était déjà familier comme un des héros de la lutte syndicale de 1968. Cependant, en tant que ministre, il était devenu l’adversaire et principal interlocuteur quand arriva notre moment de turbulence”, note M. Guèye.

Il a rappelé, à ce sujet, la grève générale de février 1988 à l’Université Cheikh Anta Diop, à laquelle avaient participé les élèves des lycées et collèges “dans tout le Sénégal”.

Cette grève avait abouti à une “année blanche” pour la majorité des étudiants de l’université et la plupart des écoles publiques.

Comme lors de la crise en 1968, souligne l’enseignant-chercheur, Iba Der Thiam était impliqué au premier plan.

“Ironie du sort, il se trouvait cette fois-ci dans le camp des + oppresseurs + dont il avait été victime et qu’il avait combattu jusque-là”. En “acteur majeur de la grève de 1988 en tant que ministre”, il était classé “du côté du + bourreau +, contrairement à la grève de mai 1968 où il avait joué un rôle important en tant que leader syndical et gréviste”, a souligné Omar Guèye.

Selon lui, ce dernier épisode avait marqué l’une des grandes heures du militantisme syndical de Iba Der Thiam, notamment quand il avait été arrêté avec les leaders de l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS) à la Bourse du travail, le 31 mai 1968, avant d’être déporté à Ololdou, près de Bakel.

“À la fin de la grève des travailleurs, il s’impliqua dans la résolution de celle des étudiants et élèves. Il était ainsi membre de la délégation des syndicalistes et des parents d’élèves qui avaient participé, comme facilitateurs, aux négociations entre le gouvernement et les étudiants, le 14 septembre 1968, qui avaient donné les accords de fin de grève. Ironie du sort, il se retrouva plus tard dans les rangs du gouvernement en 1988, face aux étudiants”, relève l’universitaire.

Il souligne que la carrière “multiforme” d’Iba Der Thiam illustre la “complexité” de son personnage qui se retrouvait sur plusieurs terrains à la fois, rendant ainsi son action “plurielle et transversale”.

Ce qui, selon lui, ajoute de la densité à son itinéraire souvent “méconnu ou incompris, partiellement ou partialement apprécié”.

“Le personnage pouvait passer d’un extrême à l’autre, assumant toujours ses positions : il était entier. On pouvait être avec lui ou contre lui, mais on lui reconnaissait toujours un engagement pour les causes auxquelles il croyait et envers les personnes qu’il défendait. Tel était le personnage qui rêvait d’Histoire, qui parlait d’Histoire et qui va rester dans l’Histoire par sa production littéraire, son action politique et aussi… ses polémiques”, conclut Omar Guèye.

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