Coronavirus : une mission de MSF fait les frais des rivalités internes du pouvoir iranien

25 - Mars - 2020

Une cargaison de médicaments, d’équipements médicaux et de matériel suffisante pour bâtir un hôpital de campagne gonflable de cinquante lits pour des patients atteints du Covid-19 reste bloquée, mardi 24 mars au soir, dans un hangar de l’aéroport de Téhéran alors que le pays continue de subir les ravages de l’épidémie. La République islamique ne veut plus de l’aide de Médecin sans frontière (MSF) France qui avait expédié par avion vers l’Iran depuis Bordeaux, dimanche et lundi, de quoi monter cette structure à Ispahan, la capitale d’une des provinces les plus touchées du pays.

Au moment où le ministère de l’intérieur iranien avait demandé fin février le soutien des acteurs humanitaires déjà présents dans le pays comme MSF, un conseiller du ministère iranien de la santé chargé de la communication numérique de la lutte contre l’épidémie, Alireza Vahabzadeh, a fait savoir lundi 23 mars sur Twitter que l’implication de forces étrangères n’était plus souhaité. Ce revirement soudain intervient après plusieurs semaines de préparation en coordination avec les autorités iraniennes et alors que le pays qui est un des principaux foyers mondiaux du virus peine à faire face à une crise sanitaire politisée depuis l’apparition des premiers cas.

« Les équipes de MSF devraient déjà être à pied d’œuvre à Ispahan », indique une source proche du dossier : « Le Tweet du ministère de la santé a tout mis en suspens… » L’ONG française qui dispose d’un bureau à Téhéran où ses personnels sont actifs en temps normal, de même qu’à Machhad dans l’est du pays, affirme pourtant avoir obtenu en amont toutes les autorisations nécessaires à la mise en place de cette nouvelle opération. Lundi, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran en France, Bahram Ghassemi avait même annoncé le début de l’opération sur le compte Twitter de l’ambassade. Et pourtant, les autorités iraniennes ont fait savoir aux personnels de MSF que l’opération était annulée le soir même. Contactée à ce sujet, l’ambassade d’Iran en France n’a pas souhaité faire de commentaire.
Retour aux théories complotistes

L’incohérence des positions de la République islamique dans cette affaire révélerait en fait des luttes d’influences à l’intérieur du régime que la crise sanitaire aiguë que traverse le pays n’a pas suffi à faire taire et dont les humanitaires français auraient fait les frais. « La mission de MSF en Iran fait écho à une stratégie de diplomatie sanitaire portée par le président de la République islamique Hassan Rohani et son ministre des affaires étrangères Mohammad-Javad Zarif », avance ainsi un fin connaisseur de la politique étrangère de la République islamique. Il s’agit pour les deux responsables « modérés » de répondre par des partenariats passés avec des puissances étrangères aux sanctions économiques prises contre l’Iran par Washington. Celles-ci étant considérées comme contribuant largement aux difficultés de Téhéran face à l’épidémie.

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